Le système d'exploitation mobile est au centre d'une bataille
qui n'a pas commencé hier mais qui s'intensifie avec l'arrivée progressive de nouveaux acteurs.Avant, pour les constructeurs de téléphones mobiles, mais aussi pour les clients, les choses étaient simples, plus simples. Le marché se résumait à trois OS : Windows Mobile et Palm, puissants et ouverts mais surtout destinés aux professionnels et aux technophiles, et Symbian, davantage orienté grand public, comme l'étaient ses fers de lance Nokia et Sony Ericsson.
Des OS comme s'il en pleuvait
Aujourd'hui le marché se complique en même temps qu'il se complète : Apple a bousculé l'ordre établi avec son iPhone et son système d'exploitation unique (dans tous les sens du terme), puis Android a suivi (seulement deux mobiles Android présents au Mobile World Congress de 2009 contre près d'une vingtaine en 2010 sans compter les projets qui sont encore dans les cartons).
Mais d'autres acteurs pointent maintenant le bout de leur nez, et ils ne sont pas vraiment des petits nouveaux. Ainsi on assiste au grand retour de Microsoft avec la présentation hier de la nouvelle version de Windows Mobile, nommée Windows Phone 7 Series. Quand nous parlons de "nouvelle version" le terme n'est en fait pas vraiment approprié car c'est bien d'un OS complètement nouveau auquel nous avons affaire et pas à l'énième update d'un système existant. Microsoft a tenu compte de l'évolution du marché et des exigences des consommateurs pour repartir d'une feuille blanche et imaginer une interface mobile par thèmes ("hubs") qui reprenne l'ensemble des fonctions qui font partie intégrante de la vie du mobinaute de 2010 (web, photo, vidéo, réseaux sociaux, partage, jeux...). Le résultat donne un système fluide et convivial inspiré de Zune, qui arrivera sur les mobiles fin 2010. Des accords avec certains constructeurs et opérateurs (dont Orange) ont déjà été conclus pour la diffusion de Windows Phone 7 Series.
Le système d'exploitation, clé de la convergence et de l'internet des objets ?
Nokia a également fait deux annonces d'importance : la fusion de la plate-forme Maemo, son système d'exploitation libre basé sur Linux et équipant le N900 avec le Moblin d'Intel. Un accord qui permettra de rendre ce nouveau système d'exploitation compatible avec le plus grand nombre d'appareils possibles, du smartphone au netbook en passant par la tablette, mais également, pourquoi pas, dans votre voiture ou votre frigo. Nokia a également présenté la nouvelle mouture de sons système d'exploitation Symbian 3, qui "devrait équiper un mobile Nokia avant la fin du premier semestre 2010".
Enfin, dans la famille des nouveaux systèmes d'exploitation mobile, on n'oubliera pas Samsung qui a annoncé Bada, un OS puissant et fluide, équipant déjà le Samsung Wave qui sera commercialisé à partir d'avril 2010.
Des systèmes d'exploitation, mais pour quoi faire ?
N'oublions pas que l'objectif de tous les constructeurs et de tous les opérateurs est de conquérir le plus de clients possible, et de les garder le plus longtemps possible. Or le client final, celui qu'on appelle communément le "grand public", n'a généralement que faire du système d'exploitation, un terme d'informaticien dont la plupart du temps il ne connait même pas la signification. Le client final achète d'abord une marque et un service, voire un forfait. Or le système d'exploitation, par définition (et à l'exception du Bada de Samsung, pour le moment, et de l'iPhone) est indépendant de la marque. Nous sommes donc au cœur d'une sorte de paradoxe où, à l'image du PC, il existe plusieurs systèmes d'exploitation sur le marché, mais où le consommateur ne dispose pas de la possibilité de choisir celui qui lui conviendra le mieux.
Le pouvoir de la marque
Il semblerait cependant que, contrairement au PC cette fois, cette "limitation de liberté" constitue plutôt un avantage en termes de simplicité pour l'utilisateur final qui est davantage séduit par la marque et le hardware que par le logiciel qui l'anime (même si l'iPhone réussit à concilier parfaitement les deux : un OS sexy dans un appareil désirable). Sony Ericsson réussit en ce domaine un pari inédit avec ses Xperia X10 Mini : installer un système d'exploitation plutôt réservé aux technophiles dans un appareil aux dimensions très réduites qui ressemble davantage à un mobile d'ado ou de jeune femme branchée qu'à un smartphone parmi les plus avancés du marché.
Le pouvoir de la marque, ou comment les services marketing devront y réfléchir à deux fois avant de faire la promotion d'un système d'exploitation, au risque de ne pas être compris par leurs clients.